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Démission-reconversion : démissionner d'un CDI et toucher le chômage, mode d'emploi
Les conditions de la démission-reconversion (5 ans d'activité, CEP, validation Transitions Pro), l'ordre exact des démarches, les délais, le contrôle à six mois, et les erreurs qui font perdre l'allocation.
Depuis le 1er novembre 2019, un salarié en CDI peut démissionner pour se reconvertir et percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), à condition d'avoir fait valider son projet avant de partir. Le dispositif marche, mais il est strict sur l'ordre des démarches : une lettre de démission envoyée trop tôt fait tout perdre.
Les trois conditions
1. Cinq ans d'activité continue
Il faut justifier de 1 300 jours travaillés au cours des 60 mois qui précèdent la démission, soit environ cinq ans d'activité salariée sans interruption, chez un ou plusieurs employeurs. Les périodes de congé sans solde, de congé sabbatique ou de disponibilité ne comptent pas. Les jours se comptent en jours travaillés, pas en jours calendaires.
2. Être en CDI de droit privé au moment de la démission
Le dispositif ne concerne ni les CDD, ni les intérimaires, ni les agents publics, ni les indépendants.
3. Un projet « réel et sérieux », validé avant la démission
Le projet peut être une formation, ou une création ou reprise d'entreprise. Il doit être formalisé avec un conseiller en évolution professionnelle, puis reconnu par la commission paritaire interprofessionnelle régionale, c'est-à-dire l'association Transitions Pro de votre région.
L'ordre des démarches, étape par étape
L'ordre est la partie la plus importante de cet article.
- Prendre rendez-vous avec un conseiller en évolution professionnelle (CEP). Gratuit. Pour un salarié du privé, les opérateurs sont les réseaux régionaux Mon CEP, ou l'Apec pour les cadres. Le conseiller vous aide à construire le dossier : le métier visé, la formation ou le projet d'entreprise, le financement, le calendrier. Ne pas démissionner.
- Déposer la demande d'attestation auprès de Transitions Pro. La commission vérifie le caractère réel et sérieux du projet : cohérence avec votre parcours, connaissance du métier, réalisme du financement et des débouchés. Ne pas démissionner.
- Recevoir l'attestation. C'est elle qui conditionne le versement de l'ARE. Sans l'ancienneté requise, la demande est irrecevable.
- Démissionner. Seulement maintenant. Respecter le préavis.
- S'inscrire à France Travail dans les six mois suivant l'attestation. L'ARE est calculée comme pour tout demandeur d'emploi.
- Mettre en œuvre le projet. France Travail contrôle, dans les six mois suivant l'ouverture des droits, que le projet est engagé : inscription en formation, immatriculation de l'entreprise. À défaut, et sans motif légitime, l'allocation est suspendue.
Les pièges qui font perdre le dispositif
- Démissionner avant l'attestation. C'est l'erreur la plus fréquente et elle est sans recours : la démission redevient une démission ordinaire, sans ARE.
- Commencer le projet avant la validation. Une formation déjà entamée ou une entreprise déjà créée avant la commission peut faire échouer le dossier, le projet n'étant plus « à venir ».
- Compter les jours à la louche. Un congé sans solde de quelques mois dans les cinq dernières années peut faire tomber sous les 1 300 jours.
- Signer une rupture conventionnelle « pour aller plus vite ». C'est une autre voie, qui ouvre l'ARE sans validation de projet, mais qui dépend de l'accord de l'employeur.
- Oublier le contrôle à six mois. L'allocation n'est pas acquise ; elle suppose que le projet avance.
Ce que disent les chiffres
Le dispositif a trouvé son public. En 2023, les Transitions Pro ont accepté 22 000 dossiers de démission-reconversion, en hausse de plus de 12 % sur un an. Fin 2024, 27 000 allocataires étaient indemnisés à ce titre, soit 1 % de l'ensemble des allocataires. Les ouvertures de droits sont passées d'environ 6 500 en 2020 à 18 000 en 2024.
Ce que font les bénéficiaires :
| Projet | Part des bénéficiaires |
|---|---|
| Création ou reprise d'entreprise | 7 sur 10, en moyenne trois mois après l'ouverture des droits |
| Formation | 22 % |
| Aucune démarche engagée | 10 % (dont 60 % retrouvent tout de même un emploi) |
Deux ans plus tard, plus de six bénéficiaires sur dix passés par une formation ont décroché un CDI ou un CDD d'au moins six mois.
À titre de repère régional, Transitions Pro Nouvelle-Aquitaine a validé 3 934 dossiers sur 5 088 déposés en 2025, tous dispositifs confondus, dont 2 362 démissions-reconversions. Le taux d'acceptation y est donc d'environ trois dossiers sur quatre.
Démission-reconversion ou PTP : lequel choisir
| Démission-reconversion | Projet de transition professionnelle | |
|---|---|---|
| Le contrat | rompu | suspendu, on revient dans l'entreprise si on le veut |
| Le revenu | ARE (en général 57 % du salaire brut de référence) | salaire maintenu à 100 %, 90 % ou 60 % |
| L'ancienneté | 5 ans d'activité | 2 ans, dont 1 dans l'entreprise |
| Le projet | formation ou création d'entreprise | formation certifiante uniquement |
| L'employeur | n'a rien à accepter | ne peut que reporter le congé, pas le refuser |
Si vous voulez garder une porte de retour, le PTP est plus protecteur. Si vous voulez créer une entreprise, seule la démission-reconversion le permet. Le tableau complet des financements est dans Financer sa reconversion.
Et après l'allocation ?
Le dispositif finance la transition, pas l'arrivée. Pour les 22 % qui se forment, la recherche du premier poste commence à la sortie de formation, au moment où le recruteur lit un CV dont le dernier titre n'est pas celui de l'annonce. Comment présenter ce parcours est l'objet de Reconversion : pourquoi on vous rappelle moins.
Questions fréquentes
Combien de temps prend la validation ? Comptez le temps du CEP (souvent plusieurs rendez-vous) puis l'instruction par la commission, qui se réunit à dates fixes. Prévoyez deux à quatre mois avant de pouvoir démissionner.
Peut-on démissionner d'un temps partiel ? Oui, si c'est un CDI de droit privé et que les 1 300 jours sont réunis.
Que se passe-t-il si le projet échoue ? Si le projet a bien été engagé, l'allocation se poursuit dans les conditions ordinaires. Si rien n'a été engagé à six mois sans motif légitime, elle est suspendue.
Faut-il que la formation soit financée avant la commission ? Le financement doit être réaliste et expliqué ; la commission le vérifie. Le CPF, l'AIF de France Travail et la Région sont les sources habituelles.
Sources
- Transitions Pro Nouvelle-Aquitaine, « Réussir sa reconversion », guide 2026 (PDF) et bilan 2025 (PDF).
- Apec, « Démission pour reconversion : comment sécuriser son projet » (Apec).
- Conditions et délais : fiche « Démission pour reconversion professionnelle » de service-public.gouv.fr, à consulter pour le texte en vigueur.
- Certif Pro / Transitions Pro, bilan 2023 (Centre Inffo).
- Chiffres fin 2024 (allocataires, ouvertures de droits, devenir des bénéficiaires) relayés par Hellowork, 2026 (article).