L'IA et le travail· 8 min de lecture
IA et emploi : ce que disent vraiment les études
Un emploi sur quatre exposé, 40 % selon le FMI, 78 millions d'emplois nets créés d'ici 2030 selon le Forum économique mondial : les chiffres circulent, rarement avec leur sens. Ce que mesurent les grandes études, et ce qu'elles ne disent pas.
« L'IA va supprimer 40 % des emplois. » « L'IA va créer des millions d'emplois. » Les deux phrases circulent, et elles déforment toutes les deux ce que disent les études. Voici ce que mesurent les grandes sources, avec leurs limites, et ce que l'on sait de la France en 2026.
« Exposé » ne veut pas dire « supprimé »
Presque toutes les études parlent d'exposition : la part des tâches d'un métier que l'IA pourrait faire ou aider à faire. Un métier exposé peut être transformé, enrichi ou réduit. Il n'est pas pour autant condamné.
| Source | Ce qu'elle dit |
|---|---|
| Organisation internationale du travail, mai 2025 | environ 25 % des emplois dans le monde sont dans des métiers exposés à l'IA générative, 34 % dans les pays à revenu élevé ; l'effet le plus probable est une transformation des tâches |
| Fonds monétaire international, janvier 2024 | environ 40 % des emplois dans le monde sont exposés à l'IA, 60 % dans les économies avancées ; à peu près la moitié pourrait en bénéficier, l'autre moitié en souffrir |
| Forum économique mondial, janvier 2025 | d'ici 2030, 170 millions d'emplois créés et 92 millions supprimés dans le monde, soit 78 millions nets ; près de 40 % des compétences demandées devraient changer |
Ces trois études ne mesurent pas la même chose, et leurs chiffres ne s'additionnent pas. Elles convergent cependant sur un point : l'IA transforme surtout des tâches, et les métiers qui reposent le plus sur l'écrit, l'information et les procédures sont les plus concernés.
Ce qu'on observe déjà : l'entrée des jeunes
L'étude la plus suivie sur les effets réels vient du Stanford Digital Economy Lab, à partir des données de paie de millions de salariés américains. Sa mise à jour d'août 2026 montre que :
- il n'y a pas de destruction d'emplois massive à l'échelle de l'économie ;
- mais dans les métiers les plus exposés, l'emploi des 22-25 ans est environ 19 % en dessous de ce qu'il serait s'il avait suivi celui de leurs pairs dans les métiers peu exposés ;
- l'écart passe par moins d'embauches de jeunes, pas par des licenciements ;
- il se concentre dans les métiers où l'IA remplace des tâches, et non là où elle complète le travail humain.
Les auteurs précisent qu'il s'agit de constats, pas d'une preuve que l'IA en est la seule cause. Mais le signal est clair : ce sont les postes d'entrée, où l'on apprenait le métier par des tâches simples, qui changent en premier.
La France en 2026
- Les entreprises s'équipent vite : 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisaient au moins une technologie d'IA en 2025, contre 10 % en 2024, selon l'Insee. Début 2026, plus des deux tiers des entreprises d'au moins 20 salariés déclaraient utiliser l'IA générative, le plus souvent de façon limitée ou expérimentale, selon la Banque de France.
- Les cadres l'utilisent déjà : la moitié des cadres l'utilisent au moins une fois par semaine en 2026, soit 15 points de plus en un an, selon l'Apec.
- Les gains restent à confirmer : seule une minorité d'entreprises utilisatrices disaient avoir constaté un gain de productivité, selon la Banque de France.
- Peu d'entreprises prévoient de réduire leurs effectifs à cause de l'IA ; elles sont bien plus nombreuses à prévoir de changer les compétences recherchées, selon l'Apec.
Ce qu'il faut en retenir
- L'IA transforme d'abord des tâches, pas des métiers entiers.
- Les métiers de l'écrit, de l'information et des procédures sont les plus exposés ; les métiers du geste, du soin et de la relation, beaucoup moins.
- Le premier effet visible porte sur l'entrée dans le métier, pas sur ceux qui sont déjà en poste.
- Savoir travailler avec l'IA devient une compétence recherchée.
La suite de cette série détaille les métiers les plus exposés, les risques, les opportunités, comment mieux travailler avec l'IA, entreprendre avec l'IA et se reconvertir à l'heure de l'IA.
Questions fréquentes
L'IA va-t-elle supprimer des emplois ? Les grandes études parlent surtout d'exposition et de transformation des tâches. L'étude de Stanford ne constate pas de destruction massive, mais une baisse des embauches de jeunes dans les métiers où l'IA remplace des tâches.
Combien d'emplois sont exposés à l'IA ? Environ un quart dans le monde selon l'OIT, 34 % dans les pays à revenu élevé ; environ 40 % selon le FMI, 60 % dans les économies avancées. Les méthodes diffèrent.
Les entreprises françaises utilisent-elles l'IA ? De plus en plus : 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus en 2025 selon l'Insee, et plus des deux tiers de celles d'au moins 20 salariés pour l'IA générative début 2026 selon la Banque de France.
Sources
- Organisation internationale du travail et NASK, indice mondial d'exposition à l'IA générative, mai 2025, présenté par l'ONU (news.un.org).
- Fonds monétaire international, note de janvier 2024 sur l'IA et l'emploi, rapportée par Le Temps (letemps.ch).
- Forum économique mondial, Future of Jobs Report 2025 (Hespress).
- Stanford Digital Economy Lab, « Canaries in the Coal Mine? », mise à jour du 12 août 2026 (digitaleconomy.stanford.edu).
- Insee, Insee Première n° 2120, enquête TIC 2025 (insee.fr) ; Banque de France, « L'IA s'installe dans les entreprises françaises », 2026 (banque-france.fr).
- Apec, « Cadres et IA », mai 2026 (PDF).
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