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Reconversion professionnelle : les chiffres à connaître en 2026
Combien de Français changent de métier, combien y pensent, combien passent à l'acte, et ce que deviennent ceux qui se lancent. Les chiffres 2026, avec leurs sources.
La reconversion est devenue un sujet ordinaire : 84 % des actifs la considèrent comme une étape normale d'un parcours. Mais entre l'envie et le changement effectif, l'écart reste grand. Voici ce que disent les enquêtes disponibles en octobre 2026, avec leurs limites.
Près d'un actif sur deux y pense, moins d'un sur cinq s'y engage
Le baromètre Centre Inffo / CSA, réalisé en février 2025 auprès de 1 621 actifs, donne la mesure la plus citée :
| Situation | Part des actifs |
|---|---|
| Engagés dans une reconversion | 18 % |
| L'envisagent d'ici deux à cinq ans | 36 % |
| Concernés ou intéressés, au total | 47 % |
Le chiffre des reconversions engagées recule de 3 points par rapport à 2021. Autrement dit, l'envie ne faiblit pas, mais le passage à l'acte se fait plus rare. Le même baromètre note que 62 % des personnes concernées jugent l'accompagnement décisif, et que 61 % suivent, ont suivi ou vont suivre une formation.
Chez les cadres, l'Apec compte 31 % de personnes ayant un projet de reconversion, mais 8 % seulement ont entamé des démarches. Chez les cadres en recherche d'emploi, la proportion de projets monte à 60 %.
Combien changent réellement de métier
Les enquêtes d'opinion mesurent des intentions. Pour les changements effectifs, la source la plus solide reste la Dares, le service statistique du ministère du Travail. Dans une étude de novembre 2018, elle constate qu'entre 2010 et 2015, 22 % des personnes en emploi ont changé de métier. Un tiers des 20-29 ans sont concernés. Le mouvement est donc massif, mais il est pour partie subi, et il ne passe pas toujours par une formation.
Une autre approche, par domaine professionnel, donne environ 1,4 million de personnes en emploi qui changent de métier chaque année sur 2006-2019, soit 8 % des actifs. Le chiffre dépend de la définition : changer de métier au sein de la même famille professionnelle n'est pas changer de domaine.
Une reconversion sur deux est vécue comme subie par les hommes
L'étude Ifop pour la Fondation The Adecco Group et l'ANDRH (juin 2025, 997 actifs) apporte une nuance utile : la reconversion est vécue comme subie par 49 % des hommes et 35 % des femmes. Chez les ouvriers, 24 % la ressentent comme un échec, contre 16 % en moyenne.
Les deux premières raisons du passage à l'acte citées dans cette étude sont le développement des nouvelles technologies (45 %) et la conjoncture économique (42 %). Le baromètre Ifop pour Mon CEP d'août 2026 confirme la tendance : 46 % des salariés disent que l'essor de l'intelligence artificielle les pousse à réfléchir davantage à leur parcours.
Le détail des raisons est traité dans Pourquoi se reconvertir ?.
Ce qui freine : l'âge, le salaire, les démarches
Toujours selon l'Ifop (juin 2025), les raisons qui pourraient empêcher une reconversion sont, dans l'ordre :
- l'âge, cité par 29 % des actifs ;
- la perte de rémunération, 27 % ;
- des démarches trop complexes, 20 % ;
- la crainte de ne pas retrouver un emploi, 20 % ;
- la difficulté à valoriser son expérience passée, 9 % seulement.
Ce dernier chiffre mérite une lecture attentive. Avant de se lancer, peu de gens pensent que traduire leur expérience sera le problème. Pourtant, c'est précisément là que les recruteurs tranchent (voir plus bas).
Les dispositifs : ce que disent les volumes
Le réseau des Transitions Pro, qui finance les reconversions des salariés, a publié son bilan 2023 en mars 2024 :
| Dispositif | 2023 |
|---|---|
| Parcours de reconversion accompagnés, tous dispositifs | plus de 60 000 (+ 7 % sur un an) |
| Projets de transition professionnelle (PTP) pris en charge | près de 19 000 |
| Démissions-reconversions acceptées | 22 000 (+ 12 %) |
| Projets de VAE acceptés | plus de 6 000 (deux fois plus qu'en 2022) |
Côté assurance chômage, la démission-reconversion comptait 27 000 allocataires indemnisés fin 2024, soit 1 % des allocataires. Les ouvertures de droits sont passées d'environ 6 500 en 2020 à 18 000 en 2024. Sept bénéficiaires sur dix s'engagent dans la création d'entreprise, en moyenne trois mois après l'ouverture de droits ; 22 % se forment.
Et après ? Ce que deviennent ceux qui se forment
L'Observatoire des Transitions Professionnelles a interrogé 15 600 bénéficiaires d'un PTP sortis de formation en 2024, six mois après la fin du parcours : 92 % avaient concrétisé leur projet ou poursuivaient leur reconversion, et 94 % avaient obtenu le titre ou le diplôme visé. Six mois après la formation, 85 % des bénéficiaires formés dans la santé exerçaient déjà leur nouveau métier, contre 65 % en électricité-électronique et 64 % dans le commerce.
Ces chiffres concernent des formations longues et financées, sélectionnées par une commission. Ils ne disent rien des reconversions sans formation, ni des reconversions courtes.
Le chiffre qui change tout : les recruteurs rappellent deux fois moins
C'est le résultat le plus important de ces dernières années, et le moins connu. Dans l'évaluation du Plan d'investissement dans les compétences publiée en avril 2025, la Dares a fait envoyer 6 000 candidatures fictives à de vraies offres, dans six métiers en tension (employé de restauration, coiffeur, aide-soignant, boulanger, carrossier, installateur sanitaire).
| Profil du candidat | Taux de rappel |
|---|---|
| Formation initiale dans le métier | 55 % |
| Reconversion avec formation longue (7 à 12 mois) | 46 % |
| Reconversion avec formation courte (2 à 5 jours) | environ 27 % |
| Reconversion sans formation | environ 27 % |
Une formation courte ne change rien aux yeux du recruteur. Une formation longue rattrape une partie de l'écart, pas tout. Et ces chiffres sont mesurés dans des métiers qui manquent de bras ; hors tension, les réponses positives tombent autour de 10 %, tous profils confondus.
Ce que cela implique pour un CV de reconversion est détaillé dans Reconversion : pourquoi on vous rappelle moins, et comment y remédier.
Le marché en 2026 : moins de projets d'embauche, autant de métiers en tension
L'enquête Besoins en main-d'œuvre de France Travail, publiée en avril 2026, recense 2,27 millions de projets de recrutement, en baisse de 6,5 % sur un an. Les recrutements jugés difficiles représentent encore 43,8 % des projets. L'industrie résiste mieux que les autres secteurs. Pour une personne en reconversion, le choix du métier d'arrivée pèse autant que la qualité du dossier : c'est dans les métiers en tension que les reconvertis sont rappelés.
En résumé
- Près d'un actif sur deux pense à se reconvertir ; moins d'un sur cinq est engagé.
- Les premiers freins sont l'âge et le salaire, pas la difficulté à se vendre. Celle-ci arrive pourtant au moment de postuler.
- Les reconversions financées et longues aboutissent très majoritairement.
- Un candidat en reconversion est rappelé deux fois moins qu'un candidat formé au métier, et une formation de quelques jours n'y change rien.
Sources
- Centre Inffo / CSA, 6e baromètre de la formation et de l'emploi, enquête de février 2025 auprès de 1 621 actifs (Centre Inffo, rapport PDF).
- Apec, étude sur les reconversions des cadres, reprise par la Région Normandie, juin 2026 (PDF).
- Dares, « Changer de métier : quelles personnes et quels emplois sont concernés ? », novembre 2018 (PDF).
- Ifop pour la Fondation The Adecco Group et l'ANDRH, juin 2025 (PDF).
- Certif Pro / Transitions Pro, bilan 2023, mars 2024 (Centre Inffo).
- Démission-reconversion, PTP, baromètre Ifop pour Mon CEP (août 2026) et Céreq : chiffres relayés par Hellowork, 2026 (article).
- Dares, testing sur les reconversions dans l'évaluation du PIC, avril 2025 (Centre Inffo, mai 2025).
- France Travail, enquête Besoins en main-d'œuvre 2026, avril 2026 (France Travail).